Préoccupations sur l’état de la protection des enfants au Tchad une année après le retrait des force

Au cours des six derniers mois, Enfants Soldats International a découvert des éléments préoccupants qui tendraient à indiquer que l’armée tchadienne continue de violer les droits des enfants et que les autorités tchadiennes ne remplissent pas leurs engagements en matière de protection de l’enfant. Parmi ces engagements non respectés, on note des dispositions insuffisantes relative à la prise en charge transitoire d’enfants préalablement associés à la Séléka et qui ont fini par entrainer la fuite de douzaines d’enfants d’un centre de transit ; la non-exécution d’un protocole visant au transfert des enfants repris aux groupes armés, bien que signé avec l’ONU ; des cas présumés d’abus sexuels d’enfants par les troupes tchadiennes opérant en République centrafricaine (RCA) en 2013, et l’apparente incapacité des autorités tchadiennes d’enquêter sur ces allégations.   

Le Tchad est actuellement confronté à de nombreuses difficultés tant humanitaires que sécuritaires en raison de sa participation dans la lutte contre Boko Haram au Nigéria (ce qui a entrainé plusieurs attaques de ce groupe sur son territoire y compris dans la capitale N’Djaména) et le fait qu’il accueille plusieurs centaines de milliers de réfugiés et de retournés du Soudan, de la RCA et du Nigéria. Toutefois, une année après le retrait de ses forces armées de la liste des violateurs des droits de l’enfant de l’ONU pour recrutement et utilisation d’enfants dans les hostilités, et au vu de son rôle militaire croissant dans la sous-région, le Tchad doit continuer à démontrer sa capacité et sa volonté à protéger et promouvoir les droits de tous les enfants en situation de conflit armé.

Enfants Soldats International recommande au gouvernement tchadien de continuer à consacrer des ressources et des moyens adéquats à la mise en application intégrale du Plan d’action de 2011 relatif aux enfants associés aux forces et groupes armés et de sa Feuille de route, ainsi que du protocole d’accord relatif au transfert des enfants qu’il a signé avec l’ONU en 2014. Le gouvernement doit également s’assurer que tous les enfants ayant été associés aux groupes armés reçoivent toute l’assistance appropriée en vue de leur réadaptation physique et psychologique, leur réunification avec leur famille et leur réinsertion sociale. En outre, le Tchad doit immédiatement initier une enquête indépendante sur les allégations d’abus sexuel d’enfants déplacés en RCA dans lesquelles trois de ses soldats seraient impliqués et doit coopérer pleinement à toutes les enquêtes menées par l’ONU à ce sujet. Pour finir, le gouvernement tchadien doit préparer son rapport initial longtemps différé sur l’application du Protocole facultatif à la Convention relative aux droits de l’enfant concernant l’implication d’enfants dans les conflits armés (OPAC).

Enfants Soldats International recommande également au Secrétaire général de l’ONU de publier un rapport faisant état du bilan du gouvernement tchadien en matière de protection des enfants victimes des conflits armés depuis le retrait de ses forces de la liste de l’ONU en juillet 2014.  Un rapport de ce type ainsi que la présentation par le gouvernement tchadien de son rapport initial sur l’OPAC constituerait une excellente occasion pour évaluer les progrès accomplis et résoudre les difficultés persistantes à la protection des enfants contre le recrutement et l’impact des conflits armés.

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