Journée de l'enfant africain : des milliers d’enfants en attente d’assistance à la réintégration

Malgré la fin officielle des conflits qui ont dévasté la République démocratique du Congo et la République centrafricaine ces dernières années, des milliers  d’enfants, garçons et filles, anciennement associés aux groupes armés dans ces deux pays attendent encore une assistance à la réintégration.

Les défis rencontrés par les agences en protection de l’enfant sont nombreux : le financement semble être le principal problème ;  le manque de capacités des gouvernements à assurer le suivi de l’exécution des programmes nationaux de réintégration (DDR) en est un autre ; ainsi que les climats d’insécurité persistante et l’extrême pauvreté des communautés affectées. 

Ces enfants sont les principales victimes du conflit et ont des besoins importants et urgents. Pourtant, au-delà de leur démobilisation (qui elle-même reste difficile) l’aide à leur rétablissement psychosocial et leur réinsertion économique fait cruellement défaut. Certains enfants sortis de groupes armés et de milices attendent une quelconque assistance depuis plus d’un an.

En cette Journée de l’enfant africain, dont le thème est : Les conflits et les crises en Afrique: protégeons les droits de tous les enfants, nous  tenons à exprimer nos préoccupations pour les enfants de ces deux pays.

En République centrafricaine, l’UNICEF estime que près de 10 000 enfants ont été associés à des groupes armés, mais la plupart des acteurs en protection de l’enfant pensent que le nombre est beaucoup plus élevé, en particulier parmi les milices communautaires Anti-Balaka. Un an après la signature par les groupes armés d’un engagement visant à libérer tous les enfants, nous sommes extrêmement préoccupés par le fait que des milliers d’enfants pourraient encore se trouver dans leurs rangs à travers le pays.

Pour les enfants qui sont démobilisés, la réintégration pose à son tour des défis immenses. Beaucoup vivent encore dans les communautés qui les ont recrutés, et de nombreux groupes communautaires se sont maintenant tournés vers la criminalité. En parallèle, le financement de la réintégration des enfants reste beaucoup trop axé sur le court-terme, en particulier en ce qui concerne l’éducation et la formation professionnelle. Ainsi, dans le contexte d’une économie extrêmement faible, certains enfants continuent de se tourner vers des groupes armés et des activités criminelles lucratives pour gagner leur vie.

En République démocratique du Congo, où le conflit semble s’être terminé depuis 2013, le recrutement d’enfants par de nombreux groupes armés continue. Enfants Soldats International, l’Association de Jeunes pour le Développement Intégré-Kalundu (AJEDI-Ka), le Bureau pour le Volontariat au Service de l'Enfance et de la Santé (BVES) et l’organisation Programme d’Appui à la lutte contre la Misère (PAMI) – entre autres organisations – viennent d’effectuer une enquête sur la réintégration des filles anciennement associées aux groupes armés à l’Est du pays. Cette enquête a confirmé que les filles sont toujours invisibles au moment de la démobilisation, et qu’elles ont rarement accès à des programmes d’assistance à la réintégration. Quand elles y ont accès les programmes ne prennent quasiment pas en compte leurs besoins complexes et spécifiques. 

En outre, la composante « acceptation communautaire » des programmes actuels d’aide à la réintégration est très insuffisante, voire non-existante, alors que l’acceptation de la communauté est le facteur unique le plus déterminant à la réussite de la réintégration et l’adaptation psychosociale des enfants. Ainsi, de nombreuses jeunes filles sont retournées auprès des mêmes groupes armés après avoir été rejetées par leurs communautés et leurs familles à leur retour.

Malgré des efforts importants, en Centrafrique comme en RD Congo, pour mettre en œuvre des stratégies de réintégration à base communautaire en impliquant non seulement l’enfant mais aussi sa famille et sa communauté, les défis restent nombreux.

Enfants Soldats International travaille avec Enfants sans Frontières en Centrafrique, et avec AJEDI-Ka, BVES et PAMI en RD Congo, pour améliorer les programmes d’assistance de réintégration des enfants associés avec des groupes armés, et pour prévenir le recrutement d’enfants en engageant les groupes armés. Nous venons aussi de briefer le Comité des droits de l'enfant à Genève pour alimenter leurs recommandations auprès des gouvernements congolais et centrafricain.

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